La dernière tentation du Christ : « Descends de la croix » !

Bien entendu et immédiatement lorsque l’on donne un titre pareil à un article, on évoque le film de Martin Scorsese, oubliant souvent qu’il a été largement inspiré par un roman éponyme de l’écrivain grec Níkos Kazantzákis. Dans les deux cas, Jésus est tenté, pour ne pas dire hanté, par l’idée de renoncer à la croix et de vivre une vie normale. On se demande bien pourquoi les autorités catholiques et vaticanes s’en sont pris aussi violemment à cette idée, entraînant dans leur sillage (comme si souvent) l’ensemble du monde chrétien, y compris évangélique. Sans doute à cause de la proximité, relative, avec l’évangile apocryphe de Judas. Pourtant, l’évangile de Jésus-Christ et plus particulièrement l’auteur du livre aux Hébreux, ne nous décrit pas autre chose quand il parle de Jésus comme d’un être humain comme les autres, qui sera tenté comme nous en toutes choses (Hébreux 4/15 et 2/18)
Que personne ne s’emballe trop vite, si le mystère de la personne de Jésus est grand, on peut pourtant le résumer ainsi : il était parfaitement humain et parfaitement divin et même plus précisément encore, parfaitement homme (mâle) et parfaitement Dieu (ni homme, ni femme). Ce qui explique que Jésus a été tenté en toutes choses, exactement comme vous et moi. D’ailleurs, l’évangile n’aurait plus de sens si les dés étaient pipés dès le départ. Un dieu parfaitement dieu sur une terre peuplée d’humains, c’est un peu Armstrong gagnant 7 Tours de France face à une adversité roulant à l’eau claire. On ne joue pas dans la même cour.
L’idée de « dernière » tentation induit qu’il y en a eu d’autres auparavant, et on le sait au moins par le médecin Luc nous faisant le récit de la tentation au désert. Je ne sais pas vous, mais moi, c’est tous les jours que j’ai affaire à la tentation. Jésus passera exactement par le même chemin, sinon il serait parfaitement incapable de nous comprendre et de nous aider.

« Jésus a-t-il été tenté par le mal? » Quelle magnifique question naïve et révélatrice. On accepte bien que Jésus soit tenté dans le petit monde des chrétiens, mais pas par le mal ! Ah bon ! Et par quoi alors ? Par la tarte aux pommes de Marie-Madeleine ? 

Mais même là, il y aurait beaucoup à dire ! En tout cas, l’Evangile nous autorise à penser qu’entre Luc 4 et Matthieu 27, il y a eu bien d’autres tentations dans la vie de Jésus et heureusement pour nous.
J’ai entendu un jour quelqu’un se croyant intelligent déclarer : « Enfin votre Jésus n’a jamais été tenté par la drogue, il n’y en avait pas ! » C’est bien mal connaître l’histoire des stupéfiants dans le monde et au travers les âges. Il suffit de relire ce texte relatant la passion et faisant allusion à ce vin mêlé de myrrhe (Marc 15/23). C’était une coutume chez les romains, pour apaiser les souffrances des crucifiés, de leur donner du vin mélangé à un opiacé très fort dans le but de faire durer « le spectacle » et non d’éviter des souffrances par charité.
La dernière tentation de Jésus, c’est aussi l’ultime tentation, la plus grande, la plus forte, la plus violente, celle de descendre de la croix. Quelle erreur de présenter uniquement Jésus comme un agneau que l’on va tondre pour la boucherie. Il est avant tout un roi guerrier, un héros vaillant, un combattant viril, qui va résister à la tentation d’être tout ceci, pour choisir volontairement d’être l’agneau que l’on va tondre et qui reste muet.
Je ne sais pas ce que les paroles de l’ange dans le jardin de Gethsémané ont produit chez lui, mais sans doute ont elles alimenté un peu plus la tentation de régler ses comptes avec ces pauvres gens haineux, odieux, bêtes et influençables. Descendre de la croix, ah oui ! Notre goût pour les supers héros y aurait trouvé son compte, mais pas notre âme.
Il faut reconnaître, quand on vous a mis sur la croix d’une manière ou d’une autre, que la tentation d’en descendre est souvent très forte. En tout cas chez moi. Je sais alors ce que l’on me dit : « Laisse tomber, les chiens aboient et la caravane passe » ! Oui, sans doute, mais « flinguer » quelques chiens au passage, sans pour autant arrêter la caravane, c’est tellement tentant ! Moi, personnellement, ce n’est pas à des milliers d’anges que je ferais appel, mais à quelques articles en forme de missiles de croisière, longue, courte et moyenne portée, dont les destinataires auraient bien du mal à se remettre. « Descends de ta croix Foucart » !  

Accepter de descendre de la croix, c’est volontairement accepter l’idée de manquer l’épisode du troisième jour, celui où Dieu agit, là où il roule la pierre. Le Dieu du troisième jour, qui triomphe de la mort, vide le tombeau où l’on vous a enfermé pour toujours. Ha non, il ne faut pas rater ce troisième jour. Mais pour vivre cela, il faut résister à cette ultime tentation : « Descends de la croix ! ».
Il y a quelqu’un qui sait mieux que toi ou moi s’occuper des lâches, des traîtres, des suiveurs, des minables, de ceux qui condamnent à coup de mensonges et de demi vérités, (tous ceux qui ont humainement mis Jésus sur la croix) c’est le Dieu qui sortira Jésus du tombeau. Il n’y avait qu’une condition à remplir pour ce dernier. Résister à la tentation humaine, virile, légitime, justifiée : Ne pas descendre de la croix !
Je vais donc, pour ma part, accepter de porter ma croix, quelle qu’en soit la forme, en attendant que le Dieu du troisième jour s’occupe du reste. C’est long trois jours, surtout vu sous l’angle d’un crucifié. Mais finalement, ce n’est pas si long que cela.

Ne vous laissez pas tenter par le vin mêlé du fiel de l’amertume, ni par celui contenant la myrrhe de la victimisation, refusez l’offre de mélanges stupéfiants visant à la négation de l’œuvre de la croix en vous et consistant à  pleurnicher sur votre sort. Acceptez l’idée qu’il est important que chacun se plaigne de son propre péché (Lamentations de Jérémie 3/39), le péché des autres, Dieu s’en occupera.

C’est du haut de la croix que Jésus fera cette prière : « Père, pardonne-leur car ils ne savent ce qu’ils font » !

Samuel Foucart

auteur eglise pavilly Samuel Foucart catégorie eglise pavilly Edito 07 avril 2017