La manipulation, son histoire et ses noms

En 1916 le futur Président américain Woodrow Wilson se fait élire avec la promesse suivante : « Jamais l’Amérique n’entrera en guerre » ! Son slogan de campagne était : « Il nous a évité la guerre » ! Moins d’un an plus tard les Etats-Unis rentrent dans le conflit armé. Que s’est-il passé entre ces deux périodes?Le Président Wilson veut imposer ses choix par la force, ce qui est le propre des dictatures, inutile de préciser qu’à la Maison Blanche certains ne sont pas du tout d’accord. Il y a mieux à faire : la propagande de masse ! C’est la commission CREEL (du nom du journaliste qui la dirige Georges Creel) qui est chargée de mettre en place un arsenal mental destiné à vendre la guerre aux américains. Journalistes, publicitaires, agents de presse, divertisseurs, comprenez cinéma, vont constituer la structure de cette commission CREEL.

La base de travail de cette commission est le livre du Français Gustave LEBON, « La psychologie des foules » où l’auteur précise, je résume, que les gens en tant que foule, sont incapables de penser rationnel, qu’ il est impossible de leur parler et de raisonner avec eux. Lebon les décrit comme des microbes et les compare à des animaux à la merci de leur moelle épinière. Il faut donc s’adresser à leurs émotions et à leurs instincts. C’est donc ce que fera magistralement la commission CREEL et en moins d’un an les américains s’engageront en masse dans l’armée pour aller sauver la démocratie en donnant leur sang en Europe.

La manipulation des masses est un art qui a souvent changé de nom. Et pour cause. L’une des causes premières de cet art, c’est justement sa capacité à se métamorphoser pour plaire au plus grand nombre. D’abord la manipulation, qui sous-entend qu’un marionnettiste génial tire les ficelles de l’opinion publique. Puis ce sera la propagande, qui deviendra infréquentable en tant que telle avec Goebbels. A partir de là, « les gentils » ou supposés tels, éviteront le terme de propagande, sauf pour parler de leurs ennemis et s’attribueront le terme générique et honorifique de « relation publique ». Mais n’en doutez pas, il s’agit toujours de la même bête. Puis les années 60 verront l’émergence, jusqu’au début des années 90 des « Publicitaires » et depuis nous avons à faire aux conseillers en communication.

Dans tous les cas il s’agira et il s’agit encore de fabriquer du consentement. D’amener des foules hostiles à un principe ou bien indifférentes à un sujet, à y adhérer en masse. Les moyens sont toujours les mêmes depuis le début du 20° siècle : EMOTION et INSTINCT !

En 1917 on vendait la guerre aux Américains en leur expliquant que les HUNS embrochaient vivant les bébés au bout de leur bâillonnette. On pouvait même citer l’endroit, la Belgique, la ville, etc. Bien entendu c’était faux ! Plus tard les mêmes américains vendront la guerre en Irak avec des photos d’armes de destruction massive qui n’ont jamais existé, à part dans l’imaginaire des manipulateurs. Au Koweït, on nous refourgera les bébés en couveuses massacrés par les méchants Irakiens. Ailleurs en Roumanie on aura le droit au charnier totalement fabriqué de Timisoara.

Les principes sont applicables partout dans tous les domaines, politique, économique, industriel, sportif et bien entendu religieux.

Il ne faut pas oublier que la plupart des églises d’obédience évangélique, pentecôtiste, évoluant en France, sont d’origine américaine et que l’on y retrouve ces bonnes vieilles méthodes de manipulation, de propagande ou comme vous voudrez, encore aujourd’hui. Souvenez-vous : « EMOTION et INSTINCT » ! C’est là dessus que l’on va jouer.

C’est assez incroyable que l’on fasse encore vibrer la corde sensible des gens, en les faisant pleurer avec des témoignages, des récits, des prédications, des chants destinés uniquement à vous amener à faire ce que l’on veut faire de vous. Le pire c’est que ça marche !

On retrouve ce genre de méthodes, très appréciées par les sectes majeures, chez les gens du voyage et en particulier dans le mouvement « Vie et Lumière » qui dès que l’on pleurniche un petit coup, y voit une action du Saint-Esprit. Mais les sédentaires basés dans des mouvements ayant pignon sur rue, ne se privent absolument pas d’utiliser les mêmes grosses ficelles et en arrivent aux mêmes conclusions mensongères : « Tout le monde pleurait, quelle action du Saint-Esprit » ! Non, juste un travail de manipulateur bien fait !

J’évolue dans une église où il y a quelques années, un pasteur avec qui je travaillais et qui avait beaucoup fréquenté les professionnels de la manipulation que sont les pasteurs américains (du moins pour certains) nous a ramené une vidéo où l’on voyait un père courir un triathlon avec son fils handicapé. Outre le fait que personnellement je suis parfaitement insensible à ce genre de démonstration (c’est bien connu, je n’ai pas de cœur), je n’avais pas du tout apprécié que mon collègue, pleurnichant à n’en plus pouvoir, ait essayé tant bien que mal d’entraîner des Normands sur ce terrain de l’émotivité. Il n’y avait rien de spirituel dans cette histoire, juste une vague image de l’amour d’un père pour son fils, plus que discutable. Après coup je lui ai formellement déconseillé de recommencer ce petit jeu. Ce qu’il a fait chez nous, mais pas ailleurs !

Une fois nos émotions stimulées, une fois nos instincts (souvent bas) excités, nous devenons des proies faciles et on peut nous faire faire ce que l’on veut, y compris dans des églises se recommandant de l’Evangile de Jésus-Christ. C’est la fabrique du consentement. A partir de là, l’argent va couler à flot, on va faire passer des images positives ou négatives de telle ou telle personne, ou bien on va véhiculer des idées que l’on veut voir pénétrer l’opinion publique des églises.

Jamais on ne criera trop tôt au loup ! La manipulation de masse a changé de nom au cours des siècles, elle a aussi changé de terrain de jeu, selon les périodes, mais elle reste toujours un moyen d’aliénation mentale remarquable. Pensez-y !

Samuel Foucart