L’aigle foudroyé ou les mystères de la conscience humaine

Je dois vous avouer que la question de David à propos de la mort de Saül et de ses fils me taraude depuis des années. Je me permets de vous la rappeler : « Comment des héros sont-ils tombés ? » (2 Samuel 1/19).

Bien entendu, il y a tout le contexte biblique concernant Saül et son échec personnel et familial. Bien entendu, il y a tous ces textes bibliques, comme Proverbes 16/18 : « L’orgueil précède la chute ». Bien entendu, il y a même l’idée que l’on peut se jeter soi-même dans bien des tourments et se piéger tout seul. Et puis sans doute que la réponse est dans la Bible, mais j’avoue ne pas la voir aussi clairement que je le devrais et pas avec autant d’assurance que certains ” docteurs de l’Ecriture “qui semblent avoir tout compris mieux que les autres.

L’orgueil, dans la Bible, c’est le mot hébreu Ga’own qui peut se traduire par : « Orgueil, orgueilleux, majesté, majestueux, magnificence, gloire, arrogance, éclat, fier, fière, ornement ». Il a un sens positif lorsqu’il s’applique à Dieu, dans l’idée de la gloire, de la magnificence. Eh oui, Dieu peut être l’orgueil de son peuple, sa fierté. Mais lorsqu’il s’applique à l’être humain, il est généralement porteur de malheur. Finalement, ce qui se dégage de ce mot, c’est que l’être humain peut, sans le vouloir, ou en le voulant franchement, s’attribuer une gloire, une magnificence qui n’appartient qu’à Dieu. Voilà ce qui précède la chute !

L’actualité nous parle de gens bien sous tout rapport, irréprochables, qui, un jour, sans raison, vont sombrer. Un grand médecin qui va faire une faute, un grand policier qui va craquer et passer du côté sombre, un sportif de haut niveau qui abandonne les règles et triche, ou que sais-je encore? Le mécanisme psychologique de la chute m’intrigue profondément. Qui est à l’abri ? Personne ! Le mécanisme spirituel me semble bien plus appréhendable, du moins a priori : on pèche, on se moque de Dieu et des autres, on paie, tôt ou tard (c’est d’ailleurs une vision qui fait abstraction de l’Evangile et de Jésus-Christ qui a payé pour nous le prix du rachat, mais c’est un autre sujet).  Mais comment en arrive t-on là ?

 

Certains sont tombés à cause de l’épuisement, d’autres après avoir subi et supporté un harcèlement pendant des années, d’autres après un deuil, un chagrin d’amour, une humiliation, un choc, une déception, d’autres enfin par fatigue. Pour certains même, on peut parler de suicide social.

L’affaire récente concernant le commissaire de Police Michel Neyret, flic de haut vol, homme de terrain, apprécié de tous, admiré de beaucoup et qui va passer du côté sombre en se laissant corrompre petit à petit, peut être même sans s’en rendre vraiment compte, m’interroge. N’y a t-il pas eu, avec le temps – 25 ans de bons et loyaux services, du moins c’est ce que l’on veut retenir aujourd’hui – un déplacement de l’échelle de valeurs chez cet homme ? A force de côtoyer le pire, toucher une enveloppe d’un dealer pour un service rendu à son frère, est très secondaire. Sauf que l’échelle de valeur de la Justice, elle, n’a pas bougé et elle n’est plus la même que celle de cet intègre policier. On peut tous, avec le temps, à force de régler des choses lourdes, finir par tellement relativiser d’autres aspects de la vie, considérés comme                       « gravissimes» par le commun des mortels.

Tant que cela reste dans un cercle privé ce n’est pas grave, mais dès que cela est sorti, instrumentalisé, utilisé contre vous, la chute, la déchéance, la honte ne sont pas loin, à votre grande surprise.Il est évident lorsqu’on revient au cas de David, que l’homme selon le cœur de Dieu, celui dont la conscience est sensible au point que lorsqu’il a l’occasion de liquider son adversaire Saül, il refuse de le faire, qu’ ayant découpé le manteau de ce dernier il va se sentir repris, ce même homme va quelques temps plus tard déchoir et échouer lamentablement à ce même niveau de la conscience. Que se passe t-il ce soir là lorsqu’il voit Bath-Schéba, comment sa bonne conscience ne lui indique pas qu’il fait fausse route ? Comment peut-il ensuite organiser le meurtre d’un de ses plus fidèles lieutenants ? C’est le même homme, Dieu ne l’aime pas moins qu’avant, il n’est pas moins l’homme du cœur de Dieu, mais dans toute cette période, sa conscience est comme en panne. Pas de signal, pas de feu orange et encore moins rouge ! Rien de rien ! Comment l’expliquer ?

Je sais ce que le Saint-Esprit a déclaré par Paul : « Ainsi donc, que celui qui croit être debout prenne garde de tomber » ! (1 Corinthiens 10/12). Néanmoins, la grande question demeure: « Pourquoi des héros sont-ils tombés ? »  Combien d’aigles foudroyés en plein vol pour avoir cru qu’ils pouvaient descendre très bas sans se briser les ailes ? Combien de héros brisés, certains que leur utilité les immunisait contre la chute ? Combien de champions hors du commun, détruits par un scandale ? « Hélas mon frère » ! (1 Rois 13/30)

Rien n’y a fait pourtant : ni la connaissance des risques, ni la peur de la punition, ni les avertissements des amis, ni même les préludes de la chute ou ses répétitions avant l’heure, vous savez le jour où tout a failli basculer, mais où, on ne sait pas pourquoi, on s’en est sorti encore une fois.

On touche là aux profondeurs de l’âme humaine  et à des mystères de la conscience. Le seul qui semble tout comprendre et donc ne jamais être pris au dépourvu c’est Dieu lui même, qui n’a pas été débordé par la faute de David. Il avait les solutions, David devait les accepter, c’est ce qu’il a fait.

Pour terminer il faut savoir que lorsque l’aigle est blessé il cherche toujours et par tous les moyens à revenir vers les siens, pour se soigner ou pour mourir. Retenons la leçon et soyons y attentifs.

 

Samuel Foucart