L’amitié sacrifiée

« Il ne faut pas rincer la coupe de l’amitié avec du vinaigre. » C’est ce que je vais éviter de faire. Ces chroniques n’ont de sens à mes yeux que parce qu’elles sont écrites sans esprit de vengeance, sans fiel à répandre, sans amertume non plus, sans comptes à régler avec qui que ce soit et parce que j’arrive même à m’amuser de ce qui pourtant est parfois dramatique sur le plan humain, relationnel, moral et surtout spirituel.

Ce n’est jamais facile d’écrire sur l’amitié, c’est tout de même un sujet abstrait. C’est quoi un ami ? Et encore je vais vous épargner l’amitié « homme-femme » toujours sujette à caution, je ne sais pas vraiment pourquoi, mais c’est ainsi.

Lorsque j’étais apprenti « demi-dieu », comprenez pasteur stagiaire, mon maître de stage m’a fortement déconseillé d’avoir des « amis pasteurs », d’ailleurs il faisait tout pour « casser » les amitiés naissantes. Cela faisait partie du stage de formation. Je n’ai jamais trop su si c’était pour me protéger, ou par crainte que l’on parle de lui avec un éventuel ami, cela restera un mystère et c’est sans doute mieux ainsi.

Avant d’aller plus loin, comment ne pas dédicacer cette chronique à trois de mes ex « meilleurs amis », qui sans doute se reconnaîtront et c’est tant mieux : Patrick, Didier et Fabien ! Trois c’est peu mais pourtant… je me serai mis en quatre pour eux, pour les aider, les protéger, les encourager, les relever etc. Bref, des amis ! Mais c’est écrit quelque part dans un coin de l’âme des demi-dieux, que l’amitié, si elle existe, n’est qu’un prétexte pour la trahir  un jour ou l’autre! Le syndrôme de Job !

Je ne suis pas Job, non je n’aurais pas cette prétention, mais n’empêche que son histoire reste exemplaire dans ce domaine.

« Ce que tu ne veux pas laisser savoir à ton ennemi, ne le dis pas à ton ami. » dit le proverbe arabe, alors que la Bible déclare : « Celui qui a beaucoup d’amis, les a pour son malheur » ! (Proverbes 18/24). Moi je pensais que 3, c’etait pas beaucoup ! Sauf que chez les demi dieux….. !

 

La fin d’une amitié c’est toujours une blessure qui ne se refermera jamais, c’est tellement pire qu’un chagrin d’amour dont on finit toujours par guérir. Surtout quand c’est la trahison qui vient la couronner d’épines !

Avoir des amis chez les demi dieux est donc très risqué,  mieux vaut avoir des collègues c’est plus prudent, mais peut-on vivre sans amitié ? Vous me direz sans doute : « Enfin Samuel, ce sont plus que des amis, ce sont des frères » ! Ah oui, mais non, vous n’y êtes pas du tout là ! Collègues passe encore, mais de justesse parce que la plupart du temps c’est « concurrent », « adversaire », voire « ennemi ». C’est juste la réalité.

Je me souviens d’avoir vu celui que je considérais (à tort) comme mon ami, et dont l’amitié était « au dessus de l’amour des femmes » pour reprendre 2 Samuel 1/26, celui avec qui vous pouvez tout partager  (du moins le croyez-vous) et avec qui vous avez une vraie complicité, changer du tout au tout en grimpant au sein du mouvement qui nous réunissait. Il n’aura pas fallu longtemps, 2 ou 3 ans, pour que d’abord l’amitié s’effrite, s’éloigne incidemment, se gangrène, fasse place à une forme de jalousie non dite et à du mépris, pour enfin déboucher sur la trahison la plus totale.

Il y a des gens qui vous trahissent, mais à la limite c’est sans importance. Eux se disent : « votre ami » mais en réalité ils ne l’ont jamais été, pour vous ils n’étaient que des gens avec qui vous avez travaillé un temps, que vous avez côtoyés, mais à qui vous n’avez jamais donné votre confiance. Le pire ce sont ceux qui se réclament encore de l’amitié passée et qui trahissent allègrement au nom de cette amitié.

Pour entrer dans les bonnes grâces d’une organisation, pour rester dans les « petits papiers » des « grands » s’il faut trahir l’ami, les demi dieux sont formés pour cela et croyez moi ils le feront. Evidemment toujours au nom des grands principes, comme si on ne pouvait pas trahir simplement et assumer et puis basta. Non il faut toujours envelopperl’indicible dans un papier cadeau « très spirituel ». Par exemple : « Je te dénonce, mais c’est avec tellement de regrets (bah alors le fais pas idiot) et puis c’est pour ton bien, pour te protéger (Ah mais oui bien sur, je n’y avais pas pensé) » ! Ou bien encore (c’est du vécu) : « Je vais te livrer en proie aux chacals, mais parce que c’est biblique « les blessures d’un ami prouve sa fidélité » ! Quelle loufoquerie. Ne vous méprenez pas, ce n’est pas le texte biblique qui est loufoque, mais son interprétation plus que tendancieuse.

Je ne suis pas un exemple sur tout dans ma vie, loin s’en faut, j’ai mes misères, mes défauts, je lutte et combats contre mes tendances au péché, contre mes peurs, enfin je suis juste « un mec normal » et un titre et une fonction de pasteur n’y changent rien. Mais je n’ai (par la grâce de Dieu) jamais trahi un ami qui avait besoin d’aide, même tombé très très très bas ! Comment  pourrai-je encore me regarder dans une glace, comment  pourrais-je  paraître devant mes enfants, comment rester en communion avec mon Dieu ? Et pourtant certaines fois, mes amis avaient mille fois tort, ils commettaient de mauvaises choses et il fallait leur dire en face, mais de là à les dénoncer surement pas.

La trahison est toujours, tôt ou tard, récompensée chez les demi-dieux. Ainsi, l’un de ceux dont j’ai cité le prénom plus haut est arrivé après ça, à un poste de directeur national qui n’est pas sans rendre très fière sa femme. Un autre voyage un peu partout et se croit dépositaire d’un réveil spirituel qui tarde à venir. Quant au dernier….. !

Personnellement, j’ai mis du temps, beaucoup de temps à comprendre que le moule dans lequel on fait rentrer les demi dieux dès leur formation fait passer la « cause », « le mouvement », ceux que les demi dieux nomment à tort, « l’œuvre de Dieu », avant la loyauté, bien au dessus de n’importe quelle forme d’amitié et surtout très loin de ce qui plait à Dieu dans la vie d’un être humain.

Joseph, ce héros très discret de l’histoire de Noël refusa de diffamer sa fiancée parce que c’était un homme bien. C’est sûr et certain que Saint Joseph n’est pas le Saint Patron des pasteurs, vous l’aurez compris en me lisant.

« Mieux vaut un sage ennemi qu’un sot ami. Mais qui a de sots amis » ? déclare le proverbe arabe. Je pense que vous aurez la réponse à cette question en lisant cette chronique.

Samuel Foucart