Le positivisme à tout crin

Je ne vous parle pas de la philosophie mise en évidence par Saint-Simon et relayée ensuite par Auguste Comte, mais sans doute de l’une de ses branches pourries véhiculée par l’humanisme et remise au goût du jour via le New Age.


L’inventeur du positivisme, du moins en terme historique et chrétien est sans aucun doute le disciple Pierre. Lorsque Jésus parle de son avenir proche, de sa mort, de la croix, c’est cet homme Pierre qui va lancer le mouvement : « Pierre, l’ayant pris à part, se mit à le reprendre, et dit: A Dieu ne plaise, Seigneur! Cela ne t’arrivera pas ! »
En d’autres termes : « Enfin sois un peu positif Jésus, sois édifiant » ! On connaît la réponse cinglante de Jésus que je vous laisserais relire vous même dans les évangiles.

« Avec Carrefour je positive » ! Ce que j’ai pu détester ce slogan. Parce que finalement il ne veut rien dire, mais s’inscrit tout droit dans cette logique du positivisme humaniste.
Cette attitude apparaît régulièrement dans certains commentaires. J’ai donc essayé de me mettre à la place de victimes libérant leur parole face à des positivistes maladifs, cela pourrait donner quelque chose dans ce genre.
A une jeune femme violée et traumatisée, au lieu d’être à l’écoute de la souffrance, le positiviste chrétien va lui demander d’être positive, de considérer l’expérience dans ses aspects non négatifs : « Tu n’es pas morte, ton violeur t’as laissé la vie » et pourquoi pas un truc dans le genre : « Au moins toi, tu ne mourras pas vierge ! »
C’est assommant et révélateur d’une mentalité qui n’écoute absolument plus la souffrance de l’autre.

A une femme battue, le positiviste déclarera sans doute : « Allons c’est ton mari, n’oublie pas que c’est lui qui ramène la paie à la maison, alors fais un effort, sois un peu patiente, sois positive enfin! » J’exagère à peine !

Le positivisme à tout crin est une façon consciente ou pas de nier les problèmes et la souffrance d’autrui, quel que soit le domaine privé ou professionnel, et ainsi de ne pas les traiter en ne cherchant aucune solution, puisqu’il n’y a pas de problème, à part celui qui les évoque.

J’ai vu avec la sortie de certains articles récents exprimant de la souffrance, cet état d’esprit, qui on le voit avec l’expérience de Pierre, n’est pas neutre, puisque c’est la négation de la croix, et cela donne des commentaires tels que : « A quoi ça sert » ! « A quand un article positif » ou encore « Ils ne sont pas tous comme ça » ! C’est l’état d’esprit de Pierre juste avant que Jésus ne le fasse taire.
Je ne sais pas d’où vient cet état d’esprit dans le monde chrétien, mais il a la peau dure ! Pour Pierre, la croix c’était juste une chose négative, un Jésus dans une mauvaise passe morale, voire dépressif ! Le positiviste veut faire bien, il veut remonter le moral de l’autre, il ne veut que du positif dans la vie et ne montrer qu’une image positive de son Dieu, de sa foi, de son église !
C’est presque à mourir de rire tant c’est naïf, mais ce n’est finalement pas drôle puisque c’est une forme de négationnisme moral !
« Arrête de te plaindre, arrête de ne voir que le négatif, Jésus est positif lui ! » Ce qui est absolument faux d’ailleurs. Jésus n’est ni positif, ni négatif, il est objectif. Dans le message de Jésus, je vous mets au défi de trouver du positivisme : la repentance ne l’est sûrement pas ! Il considère l’état du monde, l’état de notre vie et il propose des solutions qui toutes passent par des expériences considérées comme négatives : la repentance, la conversion, la nouvelle naissance, c’est la négation de tout ce que nous avons été avant de le rencontrer et où nous avons échoué.
L’Ecclésiaste déclarait : « Il y a un temps pour parler et un temps pour se taire » (3/7). Quand on regarde le texte hébreu de très près, on découvre qu’il y a un temps pour « emprisonner la parole » et un temps pour « libérer la parole ». La Bible est tellement moderne, jusque dans ses expressions. On sait tous qu’écrire, parler de ses souffrances est thérapeutique, il n’y a que les adeptes du positivisme aigü qui trouve ça négatif. Et puis tout simplement, que cela plaise ou non aux positivistes qui s’ignorent, parler de certaines choses, c’est arrêter d’en être complice, c’est permettre d’en amener d’autres à la guérison de leurs blessures.
L’humanisme sournois va se cacher jusque dans les paroles d’un futur apôtre. Lui va se prendre une vraie leçon ce jour-là, j’ai un peu l’impression que pour d’autres, la leçon a du mal à rentrer, mais je veux rester positif ! Enfin surtout réaliste, c’est plus sûr !
Etre négatif juste pour le plaisir de tout voir en noir est à peu près aussi nul et non avenu que vouloir être positif toujours, tout le temps et même quand c’est indécent.

Samuel Foucart