L’Islam est-il compatible avec la République ?

La question fait florès par les temps qui courent. Mais peut-être bien vaudrait-il la peine de l’affiner un peu.

Finalement, ne faudrait-il pas se demander plus justement si « Le Salafisme est compatible avec la République », ce qui éviterait les stigmatisations imbéciles et les raccourcis confortables  de l’Histoire. C’est bien le Salafisme qui arme le jihad, c’est lui qui entraîne et forme les terroristes. Ce sont  encore ses adeptes qui prêchent la haine dans des mosquées situées sur le territoire de la République. Et enfin – en ce qui concerne ma démonstration- ce sont les salafistes qui prétendent que la Charia est supérieure aux lois Républicaines et qu’à partir de là, il n’est pas nécessaire de se soumettre à ces dernières.

Alors,  bien entendu que le Salafisme n’est pas compatible avec la République, mais l’Islam, tout comme n’importe quelle autre religion devrait l’être sans problème, du moins a priori.

Personne n’a jamais osé poser la question de savoir si le Catholicisme était compatible avec la République, et c’est là que nous faisons parfois faire à l’Histoire des pirouettes dignes du cirque Bouglione. C’est incroyable comme on oublie vite l’Inquisition Romaine qui, – et c’est peu dire – n’aurait jamais été compatible avec la République. Que dire, écrire, penser, des intégristes catholiques s’enchaînant devant les grilles des hôpitaux où l’on pratique l’avortement ?

« Il faut obéir à Dieu plutôt qu’aux hommes » Actes 5-29

« Rendez à chacun ce qui lui est dû: l’impôt à qui vous devez l’impôt, la taxe à qui vous devez la taxe, le respect à qui vous devez le respect, l’honneur à qui vous devez l’honneur .» Romains 13/7

La foi chrétienne évolue entre ces deux pôles. D’un côté l’obéissance à Dieu, et de l’autre l’obéissance aux lois du pays. N’importe quel extrémisme « chrétien », y compris « évangélique » (aux Etats-Unis par exemple) ou Protestant, peut vouloir ne retenir que le texte du livre des Actes des apôtres et l’appliquer à la lettre. On peut aussi sombrer dans une forme de compromission politique et morale avec un Etat quel qu’il soit, et perdre de vue l’essentiel.

Bien entendu que le Salafisme prône le non-respect des lois Républicaines, mais sans faire de comparaison loufoque, il n’y a pas que l’Islam radical qui prétend vivre au-dessus des lois. Le monde du sport en fait autant, et tout particulièrement le football, et toucher aux idoles du foot, parce qu’ils ont commis des infractions répréhensibles est risqué. Moralement, l’Église Catholique s’est très longtemps crue au-dessus des lois avec les affaires de pédophilie,  et a encore du mal à comprendre que l’on puisse lui reprocher les actes passés de ses prêtres. La confession de la faute, parfois son abandon (les récidives sont malheureusement les plus nombreuses) et le pardon pratiqué dans l’Église catholique et par sa hiérarchie, devraient suffire pour éteindre l’action de la Justice Républicaine. Eh bien non ! De ce point de vue, les valeurs « spirituelles » du catholicisme, ou plus globalement du christianisme sont-elles compatibles avec les lois de la République? Pas toujours, la preuve. Ce qui reste un réel traumatisme pour les catholiques.

En réalité, tous, croyants ou non, évoluons dans un système politique démocratique, qui vaut ce qu’il vaut, mais qui laisse une véritable liberté de conscience et la possibilité de pratiquer son culte paisiblement. C’est le principe fondateur de la laïcité, son essence, sa raison d’être et ne nous en plaignons pas trop vite. A partir du moment où d’un côté ou de l’autre – l’Etat ou les religions – les règles ne sont plus respectées, on en arrive à se poser des questions comme celle servant de titre à cet article.

Jamais il n’est question de dissolution de la foi et de sa pratique dans la République, au point de se confondre avec elle. Mais à aucun moment, il n’est davantage question d’un retour en force d’une forme ou d’une autre de monothéisme moyenâgeux, qu’il soit Salafiste, Catholique, Évangélique ou que sais-je encore.

Alors, oui, l’Islam est compatible avec la République, au moins autant que n’importe quelle autre religion qui sait vivre dans le cadre laïque que cette dernière lui propose.

Samuel Foucart