“Merci d’exister” : Quand l’extravagante Com de certains évangéliques prend les gens pour des idiots

Cette expression devant laquelle n’importe quel être humain normal est dubitatif, semble faire florès dans le microcosme évangélique. Formule inspirée par un pasteur pour le moins controversé, débarquant d’un mouvement au nom équivoque «Extravagance », qui fait davantage penser à une secte loufoque qu’à une mouvance du pentecôtisme originel. Rien que pour le choix du nom, celui qui en est à l’origine mériterait un procès (humour).

Au mieux, c’est un coup de com qui aurait mal tourné et qui serait devenu le signe de ralliement de quelques paresseux du bulbe et de tous ceux qui n’ont de personnalité que le nom. Vous savez le genre de slogan que sont capables de nous sortir les experts en communication, du genre « Manger des pommes » quand un candidat à la présidentielle n’a pas de programme. Là, avec ce « Merci d’exister » on en est pas loin. Certains évangéliques, ou devrais-je dire certains « gourous évangéliques » n’ont tellement plus de message à transmettre de la part du ciel, qu’ils vont s’en chercher dans la com.

Au pire, cette expression insupportable « Merci d’exister », est du niveau du « Non mais allôôô quoi » ! de Nabilla. Elle est utilisée par des adultes, au demeurant sérieux, mais qui doivent encore souffrir d’une post adolescence dépressive pour ne pas avoir dépassé ce niveau ! La réalité est, sans doute, un mix des deux ! On rallie à son panache, pas souvent blanc, avec une formule qui ne veut rien dire, mais qui se veut positive, et que personne ne peut vraiment contester. Sauf qu’il y a quand même des gens qui réfléchissent un peu, et qui trouvent que cette capacité à influencer les autres, à les manipuler et à les diriger malgré eux et pour tout dire à les prendre pour des imbéciles notoires est plus inquiétante qu’il n’y paraît. Et tout ceci au nom d’un évangile qui n’est non seulement pas du tout le mien, mais si j’en crois ce que j’en lis, pas du tout celui de Jésus-Christ. C’est l’évangile des communicants d’une part, et des moutons de panurge de l’autre. Personnellement, je ne les remercie pas d’exister ceux-là !

 

Sans le nommer, celui qui se prend de plus en plus pour le « Steve Jobs du monde évangélique en France » (c’est dire le niveau), enfin le” Steve Jobs du pauvre” quoi, à l’occasion de la très chère promotion de « son livre » a abondamment abusé de la formule « Merci d’exister ». Il va jusqu’à remercier ces futurs lecteurs de cette manière, évidemment, en quatrième de couverture. Ça ne coûte rien et ça peut rapporter gros. Mais le plus étonnant, c’est de découvrir ce qu’écrivent ses proches au sujet de ce « livre »,  en résumé c’est, outre le discours « obligatoire en la matière », « Merci d’exister UNTEL (il se reconnaîtra) » ! L’auteur, enfin la personne qui signe ce « livre », ira même jusqu’à remercier Dieu d’exister ! Rien que ça !

« Merci d’exister » oui, et alors, ai-je envie de dire ! Finalement si j’existe, et si vous existez, vous y êtes pourquoi ? Que ce genre de formules plaisent aux communicants passe encore, mais qu’elles deviennent le ralliement de toute une frange du monde évangélique, et ce, au nom de valeurs prétendument évangéliques, c’est dire si le niveau est  bas désormais. Il suffit d’un type ayant du bagout, un discours bien huilé, une capacité à se vendre (ce qui n’est pas flatteur sous ma plume),  emprunt d’une humilité très discutable et hop c’est parti, on y va tous de son « Merci d’exister » !

Certains évoqueront le « Ichtus » des premiers chrétiens et me diront qu’il n’y a pas de mal à se donner des signes de ralliements entre nous. Disons « entre vous » si vous le voulez bien, parce que moi je n’adhère pas à ce genre de formulation. A ceux-là je répondrai que la comparaison n’est vraiment pas sérieuse. Le signe du poisson et son acrostiche figurant le nom de Jésus n’était rien d’autre qu’une nécessité et pas une volonté de communicants en mal de reconnaissance.

« Merci d’exister », c’est enfin une volonté de faire du positivisme à tout crin. C’est finalement l’expression d’un évangile sans croix, où vous ne trouvez plus rien d’autre que des droits, des avantages, mais absolument aucun devoir. C’est une vie de disciple, sans aucune discipline. On est finalement au cœur de ce que je nomme depuis des années, et je ne suis pas le seul, « l’humanisme chrétien », plein de bons sentiments, de valeurs positives  et de discours niais ! Un évangile destiné aux bisounours, mais qui rapporte gros au promoteur de cette ligne éditoriale de l’évangile selon Saint Martin (patron des marchands en gros). Plus c’est gros (voire grotesque) mieux ça passe ! Pour les avoir un peu fréquentés, ceux qui imposent et  utilisent cette formule, jusqu’à la nausée et  à tout bout de champ, ont manifestement une volonté malsaine de flatter l’égo de leur prochain pour en tirer le meilleur. On est en plein dans le merchandising à connotation « spirituelle » !

Très franchement j’ai beaucoup de mal à imaginer le roi Hérode s’adressant à Jean-le Baptiste et lui disant « Merci d’exister, mais je vais quand même te couper la tête » ! Ni d’ailleurs l’inverse, Jean Baptiste, s’adressant à l’homme qui avait pris la femme de son frère en lui déclamant : « Hérode, Merci d’exister » ce qui sous-entend, « Surtout ne change rien, tu es bien comme ça, il faut être positif dans la vie et éviter les conflits » ! Que dire du très « impolitiquement correct », nommé Jésus, qui aurait dû s’adresser au même Hérode en lui envoyant des fleurs : “Cher Hérode, Merci d’exister ” en tant que renard, sournois, malin et assassin !

Je vais m’arrêter là, mais vous pouvez laisser courir votre imagination avec un Luther par exemple, adressant au pape un « Merci d’exister » si positif, que la Réforme n’aurait jamais eu lieu et que dire des Huguenots, s’il faut en croire cette logique, qui auraient pu s’adresser à Louis XV  avec un grand « Merci d’exister ! Si nous n’avions pas les dragonnades et les galères, les persécutions et la haine, ce qu’on s’ennuierait ». Si cet évangile dénaturé avait été la règle, il n’y aurait jamais eu la croix.

Bon, franchement, je ne pense pas recevoir beaucoup de messages m’affirmant « Merci d’exister » après cet article. Mais je survivrai, n’en doutez pas.

Samuel Foucart