Du monothéisme au panthéisme, ou l’art Français de se fabriquer des idoles.

La France fille aînée de l’Église, (comprenez de l’Église catholique) a toujours eu besoin d’idoles, c’est plus fort qu’elle. Elle est d’ailleurs composée schématiquement pour moitié d’une population qui ne demande qu’à adorer, idolâtrer, vénérer et se prosterner, et d’une autre moitié qui elle, passe son temps à casser les images, briser les idoles, brûler les chimères et déboulonner les statues. D’un côté les idolâtres, et de l’autre les iconoclastes. C’est sans doute pour cette raison que les étrangers aiment notre pays pour sa diversité géographique, culturelle, historique, mais que tous regrettent qu’il y ait vraiment trop de Français en France.

La fille aînée de l’Église, qui avec le temps est aussi devenue la sœur cadette de l’Islam et puis surtout la maîtresse officielle de la Laïcité, éprouve le besoin de se fabriquer un panthéon avec de nouveaux dieux desquels elle va exiger tout et son contraire, avant de les brûler. Le football est un révélateur de cette tendance religieuso-magique. La France a donc besoin de se dévergonder avec 11 mecs en bleu et ce, de manière récurrente.

Et pourtant, ils n’ont rien de dieux ces gars-là ! La plupart n’ont pas beaucoup d’ éducation, ils sortent, pour une majorité d’entre eux, de banlieues défavorisées, et savent à peu près taper dans un ballon de foot. Mais ils ont la mission divine de réconcilier la France, de l’unir, d’y apporter de la joie, du bonheur et même de changer le cours de l’actualité morose et de faire oublier les soucis, les grèves, les inondations, les attentats et consort. C’est une œuvre divine ça, non ?

Une horde de prêtres a pour mission première d’annoncer ce message de bonne nouvelle et de valoriser l’image de ces dieux médiatiques. On les nomme les journalistes sportifs. Combien sont-ils ? On l’ignore ! Entre eux et les consultants, des milliers sans doute, qui prêchent la bonne parole tombée de l’Élysée footballistique (Clairefontaine) et de son prophète le grand Dédé (comprenez Didier Deschamps). De plus parfois, certains dieux vont même jusqu’à prendre la parole eux-mêmes pour nous parler. Comme souvent, les pauvres humains ne comprennent pas le langage des dieux. Et là, c’est souvent le cas, on ne sait pas vraiment en quelle langue ils parlent, (il ne s’agit pas du français c’est sûr), mais tout devient important, même si parfois il faut traduire la pensée du dieu numéro 10, du numéro 7 ou du 6, comme par exemple : « Je trinque souvent très rarement » (Sylvain Wiltord) ou bien « Il faut rendre César à César » (Patrick Evra) et puis « J’espère que la routourne va vite tourner » (Franck Ribery).

Je n’ai aucune sympathie pour Monsieur Benzéma et encore moins pour Monsieur Nasri. Je trouve le culte rendu à Monsieur Zizou, dévoyé et incroyablement déplacé. Après tout, ce gars-là n’a fait que jouer au foot, mais au moins je leur trouve des circonstances atténuantes quand la moitié d’un pays ou a peu près, chef d’État et ministres en tête, leur attribue des pouvoirs qu’ils n’ont pas et font monter des prières d’exigences qu’ils sont bien entendu, incapables d’exaucer. On a voulu faire de ces mecs de banlieues des dieux totalement irréprochables, exemplaires. Ils l’ont refusé à leur manière, parce que la tâche était trop lourde pour eux, qui ne sont que des footballeurs.

Je n’aime pas le foot, pas le jeu qui peut être plaisant quand il est joué par des gens normaux et bons, mais tout cet aspect pseudo-religieux qui, en France, entoure les bleus, le culte d’adoration que certains leur rendent et les déclarations d’amour dont ils font l’objet. La magie n’est jamais loin avec le foot, et l’apparition des statistiques d’avant match ne fait qu’enfoncer un peu plus cette impression malsaine. C’est incroyable ce que l’on fait dire à des statistiques. On est dans le domaine de la superstition religieuse, de la foi dévoyée. Il vous suffira d’écouter ce que les journalistes sportifs et leurs consultants disent avant un match à ce sujet, c’est surréaliste.

Bon, encore un peu de patience et la France va sortir de cette orgie avec ses dieux pour s’en fabriquer d’autres pour les J.O. de Rio. C’est plus fort qu’elle, elle a besoin d’idolâtrer et les media, les publicitaires et les politiques l’ont bien compris, eux qui surfent sur cette vague ancestrale, avec un certain succès il faut bien l’avouer.

Samuel Foucart