La vérité n’est pas toujours morale

Si l’on peut dire que le mensonge n’est jamais moral, il est bien compliqué de prouver que la vérité l’est toujours. Il  y a des vérités qui nuisent inutilement et qu’il aurait mieux valu laisser dans l’ombre.

Les tenants d’une vie simpliste, en noir et blanc, sont des adeptes de cette forme de « vérité » plus que discutable. Sans aucun doute que Joseph, le père adoptif de Jésus, aurait pu dénoncer la grossesse de sa fiancée et que personne n’aurait eu le goût de le lui reprocher. Imaginez sa peine et sa souffrance, sa déception et son amertume. Parce que nous connaissons la fin de l’histoire, mais lui pas.

Alors, pour certaines personnes, le monde est simple : il y a le blanc et le noir ,  le vrai et le faux , le bon et le mauvais, et c’est tout ! Que font-ils du gris clair et du gris foncé ? Que pensent-ils des vérités qui ne sont pas bonnes à dire et des silences qui pourraient être (à tort) assimilés à du mensonge ? Que disent-ils du mieux qui est l’ennemi du bon et qui souvent vient le gâcher, et des erreurs partant de bonnes intentions, qui se transforment en mal.

La vie n’est jamais clivée ainsi. C’est bien plus flou, bien moins carré , tellement plus surprenant, décevant, étrange parfois.

Ainsi tout ce qui est légal (qu’il s’agisse de la Loi divine ou de celles des hommes) n’est pas forcément moral. Ce n’est pas parce que des lois abrogeront l’une ou l’autre des formes du « péché » que ce dernier deviendra bon. On pourra proclamer que le vol c’est bien et faire statuer nos élus à ce sujet. Ils pourront voter des lois pour légaliser le vol, ils n’empêcheront jamais le fait que prendre ce qui ne nous appartient pas est tout, sauf moral.

Ainsi, dire certaines vérités ne pourront nous attirer ni la faveur des autres ni celle de Dieu. Joseph, l’autre, le fils de Jacob, avait sans doute de bonnes raisons de dénoncer ses frères et leurs discours. Mais cette vérité-là ne lui a rien apporté de bon dans sa relation avec eux.

Joseph, celui de la belle histoire de Noël, va souffrir tout ce que les gens trompés et déçus endurent. Rien ne lui sera épargné, n’en doutez pas: de la colère aux larmes en passant par les nuits blanches et les questions sans réponse. Et pourtant, au bout du compte, il refusera de mettre sur la place publique une vérité qui aurait bien eu le goût de la vengeance.